Le travertin est-il un marbre ?
Non, au sens géologique. Selon l’Office québécois de la langue française, le marbre dérive de calcaires ou de dolomies transformés par métamorphisme, alors que le travertin est un calcaire d’origine continentale. Leur point commun est le carbonate de calcium.
En pierre ornementale, le terme « marbre » désigne aussi toute roche qui prend un beau poli. Un travertin poli peut donc être vendu comme marbre. La normalisation en garde la trace : une ancienne édition de la norme américaine ASTM C503, consacrée au marbre, rangeait le travertin parmi ses classes. L’édition actuelle ne distingue que les marbres calcitiques et dolomitiques, et le travertin relève de sa propre norme, ASTM C1527.
Comment se forment ces deux pierres ?
Le mode de formation décide de la texture : le dépôt de calcaire laisse des vides, la recristallisation tend à les refermer. C’est aussi ce qui sépare leur comportement face à l’eau.
Le travertin, un dépôt de calcaire
Le travertin précipite aux émergences de certaines sources ou dans des cours d’eau peu profonds, à petites cascades. Ses cavités (les vacuoles) sont souvent dues à des incrustations de calcite sur des plantes, ce qui lui donne un aspect grossièrement lité. Une étude relie cette porosité à une accumulation rapide de calcite, de l’ordre de 0,1 à 1 mm par an.
Certains auteurs réservent le mot « travertin » aux dépôts d’eaux chaudes et parlent de tuf pour ceux d’eaux froides. En français, les deux termes sont souvent employés comme synonymes.
Le marbre, un calcaire recristallisé
Sous l’effet du métamorphisme, un calcaire ou une dolomie recristallise sans fondre. Un calcaire pur donne un marbre blanc à grands cristaux de calcite. Les impuretés créent les couleurs et les veines, qui correspondent souvent à d’anciens niveaux argileux ou riches en oxydes métalliques.
Comment les distinguer à l’œil et au toucher ?
Aucun indice visuel ne suffit seul : le polissage, le bouchage des cavités et la direction de coupe peuvent brouiller les repères.
Alvéoles, strates et teintes du travertin
Le travertin présente des cavités inégalement réparties et un litage plus ou moins visible. Sa couleur va du blanc, quand il est pur, au gris, au jaunâtre, au rougeâtre ou au brun selon les impuretés. Sur une dalle rebouchée, les strates peuvent rester perceptibles.
La norme ASTM C1527 distingue la coupe parallèle au veinage (« fleuri ») de la coupe perpendiculaire, ce qui modifie l’aspect d’une même pierre.
Veines et cristaux du marbre
Le marbre n’a pas de cavités naturelles. Il se reconnaît à sa structure cristalline et à ses veines, plus ou moins marquées, certaines variétés étant presque unies. Attention toutefois : des fiches de carrière décrivent certains calcaires denses comme proches du marbre.
Que changent ces différences à l’usage ?
La porosité pèse le plus sur l’usage d’un plateau ou d’un objet. Les valeurs ci-dessous viennent de fiches de produits précis : ce sont des ordres de grandeur, pas des règles.
| Critère | Travertin | Marbre |
|---|---|---|
| Origine | Sédimentaire, dépôt par l’eau | Métamorphique, recristallisation |
| Texture | Cavités naturelles, litage | Cristaux, veines |
| Porosité | environ 2,3 % | environ 0,3 à 0,4 % |
| Compression | environ 56 MPa | environ 100 à 165 MPa |
Pour le travertin, des études montrent que la porosité conditionne la résistance et la durabilité. Selon des essais sur des travertins turcs, les cycles de gel et de dégel augmentent la porosité et l’absorption d’eau. Le bouchage des cavités, avec un mélange de poudre de calcite et de ciment, réduit l’absorption capillaire de 28 à 55 % selon les mélanges testés.
Le marbre est moins poreux, mais pas imperméable : la norme ASTM C503 fixe un plafond d’absorption de 0,20 % pour le marbre calcitique, donc non nul.
Où les rencontre-t-on dans l’architecture et les objets ?
Selon Futura, le Colisée, le théâtre de Marcellus et la basilique Saint-Pierre sont bâtis avec du travertin de Tivoli. L’agence AP rapporte que Bernini a choisi dans cette région celui des 284 colonnes de la colonnade de la place Saint-Pierre.
Pour les objets, la terminologie officielle cite le marbre parmi les matériaux d’objets décoratifs et d’art. Sur le marché du vintage, de nombreuses annonces proposent des tables basses en travertin datées des années 1970 et 1980, souvent présentées comme italiennes. Ces datations et provenances viennent des vendeurs : il faut les vérifier avant de les tenir pour établies.
Comment entretenir travertin et marbre ?
Les acides les attaquent tous deux : vinaigre, jus de citron et détartrants peuvent ternir un marbre poli ou creuser un travertin. Un produit au pH neutre est la base prudente.
Les cavités du travertin retiennent en outre salissures et liquides. Un bouchage ou une protection adaptés réduisent l’absorption, mais le choix du produit dépend de la finition et de l’état de la pierre.
Sur une pièce ancienne, par exemple le socle en pierre d’une lampe, évitez tout test agressif : une goutte d’acide laisse une marque définitive. En cas de doute sur la pierre ou la valeur de l’objet, un marbrier ou un restaurateur spécialisé peut l’identifier sans l’abîmer. Toute intervention sur la partie électrique d’un luminaire relève d’un professionnel qualifié.